Icare

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Page vérifiée Créé le 11 avril 2015 Contact

L'importance de la forme

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  • Hello,


    Je travaille sur un projet depuis 2 ans dont je n'ai jamais parlé. Je ne sais pas si je continuerai ni si ça aboutira mais l'instigateur du dit-projet m'a dit quelque chose qui m'est restée : "il faut d'abord s'attacher au fond, la forme vient après". Je trouve ça faux et je crois même que ça relève d'un héritage de la vision scolaire qui oppose forme et fond. A mon sens, la forme est indissociable de la substance, elle n'est qu'un autre moyen de donner du sens. Il est donc impératif de s'y attacher, du moins si l'on veut réaliser quelque chose d'entier. Je crois même que c'est en faisant d'abord, ou concomitamment, intervenir la forme que l'on peut espérer entreprendre quelque chose de plus intéressant et d'entier.

    J'ai alors repensé à ce que je proposais. Et ça m'a frappé. Du coup, j'aimerais revenir sur cette obsession de la forme à laquelle je n'avais jamais beaucoup réfléchi mais qui me caractérise. Voyez-vous, en ce moment, je suis en train d'écrire un roman que j'espère présenter à des éditeurs vers octobre (si je fais choux blanc, je lancerai un Ulule). Ce roman s'intitule Camélia. C'est un thriller. Pour résumer, c'est l'histoire d'un psychiatre français qui perd sa femme et sa fille dans un accident de la route au Canada. La première décède et la seconde disparaît. Son enquête pour la retrouver l'emmène progressivement vers le fantastique. La question de la forme est venue immédiatement après l'idée force de la disparition (comme tout ce que j'écris depuis Icare jusqu'à Halmstad, tout part d'une simple idée). La forme de Camélia est intéressante car l'objectif consiste à proposer une sorte de tourbillon. Je ne sais pas si le roman sera réussi mais les idées et les personnages me paraissent forts, intéressants, à rebrousse-poil parfois de ce qu'on pourrait trouver. J'essaye d'éviter les poncifs du père dépressif, de l'agent de police peu coopératif, des voisins mal lunés. En fait, moins qu'un thriller, c'est l'histoire d'une famille. Car le but reste avant tout de chose de proposer quelque chose de puissant, d'émouvant, de tragique également. En cela, j'avais envie d'utiliser la forme pour créer une espèce de maelström. J'ai pensé à proposer des changements de lieux, de situations constants. J'ai donc opté pour des chapitre très courts qui se succèdent sans unité de lieu ou d'espace mais reliés évidemment par un fil narratif. Les chapitres ne sont pas toujours placés dans l'ordre chronologique en plus d'être très courts (entre 1 et 5 pages). Il y a également peu de descriptions puisque l'essentiel du texte repose sur des dialogues. Il s'agit ainsi de distiller les informations par la voix des personnages, de mélanger présent et passé, scènes de vie de famille, scènes d'enquête, témoignages et confessions. Je ne veux pas que le roman soit long. Tout au plus 120 ou 130 pages. Si je le réussis, la forme jouera un grand rôle. Car la forme est un fond. Le découpage, le rythme et la présentation seront essentiels.


    Pour ceux qui ont lu Marmosa Mexicana, La Duchesse de Kerjean et bientôt Halmstad, vous savez que le concept repose sur une forme bien particulière : un scénario principal suivi d'un recueil de nouvelles organisées autour de 3 histoires plus longues. Dans ce projet, là encore la forme est déterminante. Le désir de créer un recueil impose des contraintes de créativité assez fortes pour développer l'univers, les personnages. Cette séparation permet des échanges entre la partie principale et la partie recueil. Dans Halmstad, vous verrez à quel point le recueil joue dans l'approche du récit et même dans son genre. Le scénario principal est en effet davantage tourné vers le fantastique alors que le recueil est plutôt tourné vers la science-fiction. De même, j'ai décidé d'inscrire le récit dans une espèce de prolongement de notre monde. Tout se passe en 2028. Trump est président des USA après avoir perdu en 2020 puis gagné en 2024. Marion Maréchal-Lepen est présidente en France. Greta Thunberg est première ministre en Suède.


    S'agissant de Thrènes qui n'est pas très loin d'être achevé mais que je ne sors pas parce que je cours à l'échec commercial tant que je n'ai pas rencontré un minimum de succès (faire un flop avec  m'ennuierait terriblement), là encore sa forme est primordiale. Elle l'est à travers toutes les parties en italique qui relèvent du monologue intérieur de l'héroïne, elle l'est avec la couverture, elle l'est avec la structure (chaque ouverture de partie raconte une histoire très particulière, une histoire dans l'histoire). Enfin, il y a les enregistrements que je propose pour changer un peu de forme, proposer quelque chose d'oral, qui s'appuie sur la musique.

    Je passe sur le roman Star Wars : Année Zéro dont la forme impose un nouveau personnage par chapitre, celui étant en outre son principal protagoniste. D'ailleurs, plus qu'introduire un personnage, il s'agit de développer une identité. Par exemple, il y a la jeune Elonn qui a été Jedi avant de devenir Sith. Celle-ci a donc droit à deux chapitres (Elonn puis Darth Cinna). Au final, cela oblige à créer de nombreux héros, à les placer dans des situations diverses et surtout à filer le récit afin que tous se rencontrent, échangent, s'affrontent.

    Je ne mentionne par l'Empereur Homme-Fraise sur lequel je reviendrai bientôt.

    Enfin, il reste le magazine Icare dont la forme joue beaucoup. La partie inversée, la double couverture, l'icareview sur 30 pages, les articles extrêmement longs, la maquette, la succession de papiers très différents entre journalisme, analyse et imaginaire.

    Voilà. Je n'en avais sans doute pas autant conscience mais à travers Camélia, j'ai saisi à quel point faire intervenir la forme avec le fond apportait davantage de développements, de force. Il y a une telle cohérence à faire avancer les deux ensembles que lorsqu'on me dit que "la forme vient après", je ne peux m'empêcher de penser "quel dommage".

    Petite pensée écrite à 5H00 du matin mais que je publie ce soir, une fois relue.