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Page vérifiée Créé le 11 avril 2015 Contact

Ce qui m'a gêné dans Ça : chapitre 2

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  • Film d'horreur de l'automne, apprécié tout autant par la critique que par les spectateurs, le premier Ça tenait du divertissement de qualité mais manquait de substance (cf ma critique ici). Malheureusement, sa suite parvient à ruiner à peu près tout ce qui avait été construit et propose, à mon sens, un ensemble d'une grand médiocrité. Voici en les principaux points qui m’ont interpellé :


    Derry

    C'est sans doute le début qui illustre le mieux le manque total de personnification de la ville. En effet, tout commence avec une scène d'homophobie sans résonance. Le premier film posait l'idée fondatrice d'enfants et d'adolescents livrés à eux-mêmes autant qu'à la faim d'un clown monstrueux. L'une des forces s'exprimait dans le non-dit, dans cette Derry, ville infectée, ville maudite par la conjugaison d'un monstre fou et d'adultes plongés dans le déni, incapables de secours, sous emprise. Rappelez-vous, c'est la scène de la gravure au couteau sur le ventre de Ben et du ballon qui apparaît dans la voiture des badauds qui l'observent sans intervenir. C'est encore la jeune fille disparue dont tout le monde se fiche à part sa mère éplorée. C'est Bill qui mène l'enquête avec ses copains pour retrouver le corps de son frère Georgie alors que ses parents se sont résignés. C'est la géographie de cette ville avec son marais, ses égouts, ses bâtiments en ruine, son ancienne usine sidérurgique. Malheureusement, tout ce malaise, cette partition entre adultes et enfants puis entre enfants et adolescents disparaît à peu près complètement du second épisode. Impossible pour moi de m'attacher aux personnages à la ville ni de retrouver le malaise de cette jeunesse tant le rapport a été inversé jusque dans sa première scène. Pourquoi placer deux adultes victimes d'adolescents et d'étudiants ?

    Une structure redondante 

    Il me semble que le film est très mal structuré et que, moins que sa durée, c'est le manque de vision qui l'alourdit. Le début est là encore éclairant puisqu'il propose rien moins que 2 introductions : c'est d'abord l'ouverture sur la scène d'homophobie, c'est ensuite la petite fille à la tâche de naissance (la meilleure scène du film). Or ces introductions n'ont pas du tout la même valeur. L'ouverture est inutilement longue et insipide tandis que la scène de la petite fille se révèle parfaitement dosée et angoissante. C'est un peu comme si, prenant conscience de son mauvais début, le réalisateur avait décidé d'adjoindre une autre scène pour marquer le vrai retour de Grippe sou. 
    Cette redondance structurelle va malheureusement s'intensifier puisque le réalisateur suivra les ratés individuellement, chacun ayant le droit à son segment. C'est le cas au début pour marquer leur retour. C'est le cas une fois à Derry. Cette manière très scolaire de suivre les personnages (nombreux) révèlent un vrai manque de créativité et de liants entre les personnages. Tout apparaît en double sans que rien ne se croise. Enfin le retour aux années 80 ne provoquent absolument aucun contraste avec le Derry des années 2010. C'est comme si les changements ne l'avaient pas traversé. C'est comme si le film n'était une variation du premier épisode, omniprésent en filigrane. D'autant que Grippe-sou abuse des mêmes stratagèmes.

    Linéaire

    En plus d'être répétitif, le film est surtout trop balisé. Le suicide de Stan l'illustre bien. Au lieu de faire de ce personnage un souvenir grandissant, le réalisateur s'en sert comme d'un point d'appui pour revenir de manière très scolaire sur la bande des ratés. Il n'y a aucune gradation dans la peine, la tristesse, la mémoire. 

    Idem, au lieu de nous faire assister à des retrouvailles d'adultes un peu gênés de s'être oubliés, tenus par une promesse qui domine leur for intérieur, on nous propose une scène de retrouvailles totalement disproportionnée. C'est la séquence du restaurant. Cette incapacité à faire du souvenir un élément progressif qui ravive les personnages pour leur permette de se retrouver, de gagner des automatismes, de faire revenir Grippe-sou, me paraît terriblement dommageable. D'autant que le réalisateur en a pris conscience, glissant ça et là des tentatives de retour mais toujours en écho avec le premier épisode (le triangle amoureux) et qui ne fonctionnent pas. C'est comme s'il n'arrivait pas sortir d'une formule ni à marquer une césure avec le premier film pour s'emparer d'adultes cette fois. Chaque élément se trouve disposé sur une ligne sans résonance avec les autres. Il n'y a pas d'infusion des sentiments, pas d'ombre grandissante du clown. Tout suit un fil conducteur bien trop prédictible.

    La distribution

    J'avais émis des réserves concernant le précédent casting. Certes, la bande fonctionnait à merveille mais le personnage de Beverly s'intégrait mal (age et maturité de l'actrice). Cette fois, le problème me paraît plus profond puisque les acteurs ne semblent pas faire corps. Le casting alterne entre acteurs plus confidentiels (bons d'ailleurs) et star hollywoodiennes qui ne trouvent jamais leur rythme. De fait, le film aurait gagné à une uniformisation pour véritablement marier ses protagonistes. Reste deux prestations excellentes, celle du comique de service et de l'hypocondriaque. J'aimerais aussi souligner la prestation totalement vaine de Stephen King, acteur ô combien catastrophique. Ce looooooong caméo n'a rien à faire là et oblige à des dialogues parfaitement risibles, point d'orgue d'un casting douteux (Xavier Dolan très caricatural). C'est comme s'il avait fallu respecter un sorte de cahier des charges : des stars, des caméos et des acteurs-sosies. Finalement, alors que le premier film respirait l'amour de ses personnages pour arriver à en faire un bel ensemble cohérent et plein d'enthousiasme, le réalisateur n'a pas réussi à reproduire l'alchimie..

    Un manque d'inspiration

    Il serait long de lister tout ce qui m'a déplu, toutes les incohérences, l'abus de jump scare basés exclusivement sur des effets spéciaux, la scène d'ouverture, le zombie au service de Grippe-sou, la réaction de la serveuse au restaurant, les gâteaux chinois, les dialogues. Mais c'est le traitement du clown qui achève de ruiner le film. Cette fois encore, nous sommes dans la redite du premier. Malheureusement, "ça" n'a plus rien à dire et n'agit que par esprit de vengeance. L'enjeu va donc se porter sur ses origines. Une mauvaise idée en soi tant la part de mystère contribue à son mythe. A quoi bon savoir ? A la place, on aurait préféré le voir dans cette Derry de la première moitié du XXème, connaître l'histoire de l'incendie de son usine sidérurgique. On aurait aimé retrouvé ce Grippe-sou à forme humaine, celui qui apparaît sur les photos. Pourquoi sortir au grand jour ? Pourquoi s'en prendre aux adultes ? Oui, on aurait aimé en apprendre plus sur son évolution, sa perversité, sa malice, son approche des humains. 


    Conclusion.

    Tout ça pour ça.