les variations de mots de Kaya Nifaflobe

les variations de mots de Kaya Nifaflobe

Créé le 12 août 2018 #lecture #chronique #écriture #romance Contact



  • L’histoire :

    Lorsqu’elle avait vingt ans, Charlie a subi un viol qui a bouleversé sa vie. Pour oublier et tenter de se reconstruire, elle s’est plongée à corps perdu dans son travail de journaliste. Et c’est désormais sous des habits trop larges qu’elle dissimule sa féminité pour échapper aux regards des hommes.

    Envoyée en reportage sur le porte-avion USS Roosevelt, elle rencontre Camden, jeune et séduisant pilote de chasse. Alors qu’elle veut seulement faire son métier et réussir son reportage, le militaire, lui, veut découvrir la véritable Charlie.

    Intrigué par cette reporter passionnée mais mystérieuse, Camden jure de percer l’armure que Charlie s’est forgée. Mais la jeune femme acceptera-t-elle de lui livrer ses secrets et de se laisser séduire ? Pas sûr. D’autant que le passé ne semble pas décidé à la laisser revivre...

    Dans ses bras, elle retrouve enfin l’envie d’aimer...

     

    Mon avis :

    Je viens de lire ce livre au cours de ma nuit d’insomnie. Et sincèrement il n’est pas mon meilleur souvenir de lecture de la semaine. (et on n'est que jeudi matin). Cet ouvrage est à classer dans la catégorie romance érotique, mais franchement c’est sans aucune poésie.

     

    D’abord l’écriture est basique et plate. Il n’y a pas de grosses fautes, quelques manques de typographie. Mais le vocabulaire est vraiment pauvre. "les larmes coulent sur mes joues" doit bien être écrit une fois par chapitre... aucune imagination de reformulation. Idem dans les descriptions des émotions. C’est fade, plat, insipide. On a l’impression de lire un rapport de faits du genre « je me lève, je me douche, je m’habille, oh tiens j’ai chaud en le regardant c’est bizarre »… Oui ok cette phrase est de moi, mais je ne vous promet que ce récit n’est pas plus approfondie que ça dans l’écriture. Il y a un gros manque dans l’expression des émotions.


    Le contenu ? Déjà le premier chapitre : un gros inutile, pure violence. Il décrit le viol. Jusque dans le moindre détail, et c’est limite dénuée d’émotions. C’est de la violence gratuite pour le lecteur et n’apporte rien du tout au récit.

    Dans les chapitres suivants, on a l'impression de lire un compte rendu placide qui liste des faits. L'émotion est soit impalpable, soit exprimée si basiquement sans poésie que parfois ça en est risible. Les scènes de sexe sont du x sans aucun intérêt pour le récit en lui-même. Les réactions sont parfois si bizarres que j'ai fini par en rire.

    Franchement ce n’est même pas digne d'une romance bas de gamme.


    Le personnage de Charlie est vraiment spécial. Elle est super instable, ce qui peut se comprendre au vu du viol subit, mais qui n’a aucun sens dans son attitude à vouloir poursuivre dans l’armée, au milieu des pilotes qui représentent son agresseur. Et puis la nana magnifique qu’on trouve moche juste parce qu’elle met des vêtements amples, un chignon et des lunettes, c’est une vaste blague…

    Seuls les personnages de Camden, Connor et Austin tirent leur épingle du jeu. Ils ont chacun leurs caractères et sont attachants. Mais bon pas tout le temps, car il y a aussi des invraisemblances dans leurs réactions.


    Les invraisemblances ? Il y en a partout. Parfois les émotions exprimées sont le reflet inverse de ce qui était écrit la phrase précédente. Il y a un vrai problème de cohérence avec la vie réelle. En 6 jours, la fille se trouve belle après 10 ans d'enfermement intérieur. Traumatisée par un viol, elle s’est enfermée 10 ans dans sa tête, mais affronte les gars de l'armée dans un porte avion où aucune échappatoire n'est possible. Vous vous imaginez vous enfermée au milieu de 90% de macho dans des couloirs exigus sans autre possibilité de partir que de sauter en pleine mer ? C'est tellement invraisemblable, que ça en devient vite risible. Le récit contient plein de petites réactions qui m'ont fait le même effet. C'est farfelu. Comment une nana qui vient de se faire bombardée, opérée des heures, dans le coma des jours, peut se jeter dans les bras de son mec à peine quelques heures après son réveil... Et ça c'est juste une scène parmi d'autres...

    Il y a plein de réactions irréalistes et c'est souvent écrit comme si un enfant de 12 ans décrivait une scène dans une rédaction d'école.

    Quant au fait que Camden ne croit pas Charlie sur l'identité du violeur après tout ce qu'elle lui a confié et ce qu'il lui a dit, puis qu'elle pardonne comme si de rien n'était.... C'est le plus gros nœud d'invraisemblance du roman pour moi.


    En conclusion l’écriture est super scolaire, peu riche en reformulation, répétitive, irréaliste.


    Bref ! Très déçue. Je lui accorde une cotation à deux cœurs, parce qu'il m'a fait passer le temps d'une insomnie et est écrit dans un français correct, et que l'histoire a une intrigue assez ficelée (même si tout est téléphoné, surtout la fin) avec des personnages finalement attachants.

    Je suis surtout surprise de trouver ce genre de livre d’un niveau peu élevé à la médiathèque alors que certains magnifiques ouvrages n'y sont jamais. Un jour faudra m'expliquer comment sont choisis ces achats...



  • L’histoire :

    "Une évidence la frappa : personne ne devait savoir, car personne ne pourrait jamais comprendre. Son secret, qui la hantait depuis son arrivée à Florence, elle devrait l'enfouir en elle. Profondément. Le recouvrir de jolies choses sans importance comme cette promenade avec Marco. De manière à ce que personne ne puisse le découvrir, le lui voler. De manière à ce qu'elle puisse continuer, et vivre. Libre, pour un temps du moins, ici, à Florence."

     

    Nina a quitté Paris sur un coup de tête pour venir s'installer dans ce Bed & Breakfast du centre de Florence, tenu par son amie de toujours, Hannah. Mais les retrouvailles des deux femmes ne sont pas à la hauteur de leurs espérances : Hannah est aux prises avec sa sorcière de belle-mère et ses problèmes de couple ; quant à Nina, elle refuse d'expliquer les raisons de sa venue et semble fuir la réalité, préférant se laisser distraire par les délices florentins au bras de Marco, un Napolitain pensionnaire du bed & breakfast. Pourquoi Nina a-t-elle quitté la France aussi subitement ? Quels secrets tente-t-elle de dissimuler ? Sous le soleil de Florence, les parts d'ombre et de lumière de chacun se révèlent tour à tour.

     

     

    Mon avis :

    Ce roman nous offre une belle balade au cœur de Florence, à travers des personnages très différents les uns des autres, et pourtant tous attachants.

    Il faut du temps pour comprendre les raisons du départ précipité de Nina pour l'Italie. Je ne spoilerais pas l'histoire, mais j'avoue que c'est un sujet très rarement abordé et qui interpelle. J'ai vraiment aimé la manière dont l'auteur évoque le remue-ménage émotionnel qui anime Nina et sa manière de nous préparer doucement à la réalité de son départ précipité de Paris.

    Mais j'ai encore plus apprécié que tout ne tourne pas exclusivement autour de Nina. Ce récit contient de nombreux personnages qui se dépatouillent comme ils peuvent dans leur vie, leur peine, leur doute, leurs émotions.

     

    L'écriture de Mélanie Taquet est très agréable à lire et on enchaine les paragraphes sans se lasser ou se perdre dans les descriptions. Personnellement je ne suis pas friande des visites de lieux au travers des romans. Et pourtant, je me suis laissée porter par cette visite de Florence au travers des yeux et balades de Nina. Il n'y a aucune longueur l'écriture est fraîche, dynamique, rythmée. Les histoires s'entremêlent, interpellent sur divers sujets liés à l'amour, comme la maternité, l'abandon, la fidélité, l'amour filial, etc. On va de surprise en surprise dans le comportement étrange de l'héroïne.

     

    Ce roman m’a vraiment fait passer un bon moment de lecture qui finit dans un tourbillon émotionnel incroyable. Il y a des pages qui se tournent, peut-être certaines définitivement, d'autres avec l'espoir de se revoir. Il y a des affrontements à venir, des révélations à soi-même. Il y a surtout beaucoup d'amour.

     

    Par contre j'avoue être restée sur ma faim. Certes on connaît la décision finale de Nina, mais on aimerait en savoir plus sur son avenir et celui des autres personnages. Peut-être pas l'avenir immédiat, mais je trouve qu'un prologue du genre "6 mois plus tard" résumant la vie de chacun (même en une ou deux phrases) auraient vraiment aidé à finir sur une note encore plus positive.

     

    Un beau roman sur l'amour au sens large qui remue toutes les émotions et l’affectivité qu'on a en nous par l’évocation d’un sujet majeur difficile mais réel. Et j'aime quand un roman finit sur une note optimiste malgré des jours difficiles encore annoncés.

     

    Merci à Bibliofoxy pour la découverte et le partage de ce roman échangé sur le site  des mille et une plumes.


    Les petits liens : 

    Compte Insta Chroniques de Biblio.Foxy

    http://www.milleetuneplumes.fr/ dont je vous parle ICI


  • L'ECHO DU COEUR - chapitre 0

  • L’histoire que je vais vous conter n’entre pas dans les classiques du genre. Aimer est en soi extraordinaire. Etre aimer en retour de ses propres sentiments est encore plus merveilleux. Et quand tu tombes amoureuse de deux garçons merveilleux qui t’aiment autant que toi tu les aimes chacun pour ce qu’ils sont, et qui s’aiment avec la même intensité que l’amour qu’ils ont pour toi ou toi pour eux. C’est vraiment… indescriptible, si je dois l’exprimer en un mot. Alors j’ai choisi de vous raconter notre histoire plus qu’extraordinaire avec tous les mots dont j’ai besoin. Ne vous attendez pas à une apologie de la sexualité, des orientations sexuelles ou pratiques particulières. Non ! Ce que je souhaite vous transmettre c’est cet amour unique, impalpable mais si intense. Un amour fusionnel qui nous a unis si vite que ça m’a terrorisé. Mais ma peur venait surtout de l’inconnu et la transgression de mes principes éducatifs. Cette histoire est la plus belle histoire de ma vie. Rien ne peut la supplanter, elle le restera toute ma vie. Chaque évènement ne fait que rendre cet amour plus intense encore.  

    Ne croyez pas que je sois tombée dans ce trio amoureux, parce que j’ai été manipulée. Non, mes deux amours sont vraiment loin d’être des manipulateurs ou des pervers. C’est pour ça aussi que cette histoire est simple et belle. Le véritable amour vous transcende et vous transporte. Quand il est double, il est encore plus incroyable pour vous aider à dépasser ces barrières mentales que l’on s’infligez du fait de notre éducation ou des messages « bien-pensants » de notre société. Sans ces deux hommes, je ne serai pas la femme épanouie que je suis aujourd’hui.

    Mettez de côté vos préjugés ! Ouvrez votre esprit pour qu’il n’écoute que nos cœurs battre à l’unisson. Oubliez les diktats des sociétés qui ne voient l’amour que par un couple homme-femme. Ne regardez que l’amour sincère qui est né entre trois êtres ordinaires s’autorisant à vivre cet amour extraordinaire. Mes hommes m’ont appris à m’aimer et à trouver mes repères dans cette vie unique. 

  • L'ECHO DU COEUR chapitre 1

  • J’avais dix-huit ans lors de cette rencontre. Une confiance en moi et en la vie au ras des pâquerettes. J’allais entamer ma première année d’étude supérieure dans une prestigieuse école d’art. Ma passion ? Le dessin sous toutes ses formes. Depuis toujours, j’aime croquer, grapher ou caricaturer les visages que je croise. Mais entrée dans cette école n’a pas été aussi simple qu’il y parait...

     

    Reprenons du début ! Mes parents ont toujours pris cette passion pour un passe-temps. J’ai eu mon bac scientifique sans difficulté et entamé une année de prépa l’an passé. Mon père, économiste réputée, travaille comme conseiller de très grosses entreprises. Il passe son temps dans les avions allant d’un siège international à un autre. Ma mère s’occupe de toutes les associations d’aide aux personnes dans le besoin qui peuvent exister dans une grande ville comme Paris. Absents autant physiquement qu’affectivement, nos parents ne s’inquiétaient jamais de notre bien-être affectif. Leur seul intérêt c’est l’image publique qu’ils renvoient.

     

    Nos parents… Pourquoi « nos » ? Ah oui ! Je ne vous ai pas encore parlé de ma sœur Catherine. Elle est ma cadette d’une année, et ma plus grande confidente. Cathy est aussi douée que moi à l’école, mais elle est vraiment une passionnée de sciences. Elle a toujours voulu devenir médecin. A sept ans déjà, elle m’obligeait à jouer les malades pour pouvoir m’ausculter et établir un diagnostic avant de me soigner. Et moi ce que j’adorai dans ces moments, c’est observer son expression de bonheur, et la dessiner ensuite. Nous avons toujours été proches. Et l’absence parentale a renforcé cette affection au fil du temps. Très tôt, nous avions compris ne pouvoir compter que sur nous deux.

     

    Et moi ? Je m’appelle Alicia. Je suis une fille assez introvertie. J’ai clairement de grosses difficultés à me lier, les gens me font peur. Je ne sais tout simplement pas aller vers eux et leur ouvrir mon cœur. Peureuse en affection, voilà ce qui me caractérise le plus. Aimer c’est prendre le risque d’avoir trop mal, de ne jamais être aimer en retour. J’ai passé ma vie d’enfant et d’adolescente à courir après l’affection de mes parents. Faire semblant de vivre dans une famille typique parfaite, voilà la vie que nos parents nous imposaient.

     

    Ma sœur est différente. D’un caractère extraverti, elle a toujours tenue tête à nos parents, ce qui lui a valu pas mal de punitions. Par contre ça lui vaut un tas d’amis. Elle a tout un groupe d’amis avec qui elle traine et m’entraine parfois. Elle multiplie les conquêtes et à dix-sept ans a déjà couché avec un mec et une fille. Oui, ma sœur est bi et l’assume. Je fais pale figure face à elle avec mon compte de deux petits copains se limitant au flirt très soft à mon âge, d’autant que c’est Cathy qui m’avait présenté ces garçons. Je la soupçonne même de leur avoir demandé de me dévergonder. Pas glorieux ! Et dans la vie de tous les jours, je suis les règles à la lettre. Jamais un écart de conduite ! Toujours suivre les choix de mes parents. Jamais un mot plus haut que l’autre, toujours suivre ce que demande les adultes, même si ça me contrarie. Tout à mon opposé, Cathy n’a pas sa langue dans sa poche. Bien qu’elle soit une des meilleures élèves de l’école, elle finit souvent dans le bureau de la direction pour indiscipline. Elle aime les causes perdues par provocation, mais aussi conviction. Loin des raisons de notre mère qui ne jurent que par ses associations d’entraide juste pour le statut de bienfaitrice de la société que ça lui confère. Le prestige, c’est tout ce qui lui importe ! Alors que ma sœur s’en contrefout. D’ailleurs pour nos parents, Cath est le vilain petit canard du comportement. Mais moi je ne suis qu’un mouton qui n’affirme pas mes envies… jusqu’à cette année. Est-ce mieux ?

     

    Ma sœur a un cœur d’or, ma mère un statut social à défendre à tout prix, mon père une position professionnelle et financière qui prime sur tout. Et moi là-dedans, je perds pied.

     

    Longtemps, m’accrocher à Cathy m’a aidée à naviguer dans ce monde. Mais me retrouver, sans ma sœur, dans cette école d’ingénieur que je n’ai pas choisie, au milieu d’une élite hautaine où je n’ai pas ma place, a eu raison de ma santé. Ma sœur m’a vu me dégrader jour après jour. Je ne mangeais plus, ne dormais plus, ne respirais plus la joie de vivre. Les sermons de mes parents ne s’attachaient qu’à la dégringolade de mes notes et qu’à l’allure que j’avais. Ma santé mentale et physique ? Ils s’en foutent. En mars, j’approchais de mes dix-huit ans, et je ne m’en préoccupais plus. Je n’arrivais plus à manger, alors que je suis de nature gourmande. Je respirai de plus en plus difficilement. Ma sœur a débarqué à l’internat et m’a emmené de force voir un médecin. Le verdict : quarante et un kilos pour un mètre soixante, sous-nutrition et anémies multiples. Sans parler d’un cœur affaibli, et d’une profonde dépression. Le docteur m’a hospitalisée immédiatement. Mes parents ? Ils ont crié au scandale, menacé l’hôpital et le médecin en s’appuyant sur leurs contacts. Mais Docteur Robin leur a tenu tête et m’a protégé d’eux en m’isolant quelques jours. Deux semaines plus tard, j’atteignais la majorité et le droit de me soigner sans l’aval de mes parents. Docteur Robin m’a transféré en maison de repos. Dans la famille, je suis devenu le vilain petit canard. Mes parents ne sont jamais venus me voir, sauf le jour de mon entrée à l’hôpital en urgence. Ma sœur est passée chaque jour. La relation entre elle et mes parents s’est dégradée jusqu’au point de non-retour. Elle a quitté la maison et s’est installée en colocation avec trois amis à elle. Voulant m’extirper définitivement de ce carcan familial destructeur, elle a également pris mes affaires. Puis elle m’a interdit de retourner chez eux et dans cette école. Je l’ai écoutée, incapable de savoir quoi faire à part suivre ma confiance en elle. La seule chose sûre, constante et fiable dans ma petite vie. Ce que Cathy ne m’a pas avoué tout de suite, c’est qu’elle a proposé ma candidature dans une des plus prestigieuses écoles d’art. Je l’ai découvert à ma sortie de la résidence de repos. Cathy a de plus engagé un avocat spécialiste pour obliger nos parents à nous octroyer un financement de nos études. Elle n’a que dix-sept ans, mais une capacité de survie et de débrouillardise incroyable. Elle a obtenu son émancipation et une pension pour chacune. Après ça, nos parents se sont définitivement désintéressés de nous. Répudiées, mais libre de vivre selon nos souhaits ! Voilà où nous en sommes.

     

    Je dois tout à ma petite sœur. Je n’en suis pas fière, car elle assume le rôle de grande sœur que je n’ai jamais su tenir. Mais nos forces de caractères différentes ont joué. Cathy et son esprit cartésien, ma sœur sait gérer ses émotions et croquer la vie à pleines dents. Moi et mon énorme besoin d’affection et de repères, je n’ai jamais réussi à me détacher 
  • L'ECHO DU COEUR chapitre 2

  • En dix mois, notre vie a complètement changé. Cathy vit sa vie sans se préoccuper du « qu’en dira-t-on ». Moi, je me reconstruis peu à peu.

     

    Je suis restée en maison de repos le reste de l’année scolaire. J’ai repris mes kilos, retrouvé mon goût pour le dessin et la pâtisserie. Me retrouver au milieu de jeunes avec des problèmes bien plus importants que moi m’a fait du bien. Cathy surtout m’a fait du bien. Je suis sortie fin mai pour venir squatter la chambre étudiante de ma sœur. Elle a décroché son bac et son inscription à la fac de médecine haut la main. Je l’admire vraiment d’avoir tout menée d’une main de maître aussi jeune. Elle est une force de la nature. Je me sens coupable d’être aussi faible et de m’appuyer sur elle. C’est moi l’aînée, moi qui devrais la soutenir. Mais elle m’engueule à chaque fois que je culpabilise sur le sujet. Alors je me suis renforcée pour lui prouver que je savais me prendre en main.

    Sa surprise m’y a beaucoup aidé. Intégrer cette école d’art était un rêve inavoué, sauf à ma sœur, et inaccessible à mes yeux. La possibilité de le concrétiser m’a donné des ailes. J’ai passé les épreuves écrites et orales du concours d’admission pour cette école avec détermination. Et pourtant j’étais terrorisée au fond de moi. Cathy avait embarqué tous mes carnets de croquis et mes calepins de notes en quittant la maison familiale. Je me suis appuyée dessus et j’ai bossé dur. Autant mon book à présenter que ma présentation orale. C’était dur. Mais avec Cath et ses amis, j’ai été bien entrainée. Et j’ai convaincu le jury. Le plus beau jour de ma vie ! J’ai laissé parler mon envie refoulée de devenir graphiste et dessinateur. J’ai laissé s’exprimer l’Alicia folle et vivante. J’ai simplement appris à vivre : par ma passion. Je me fous de ne pas gagner un gros salaire, je pourrai même vivre dans la rue, tant que je peux dessiner !

     

    Nous avons passé l’été avec une amie à Cathy. Les parents de cette fille possèdent une résidence secondaire dans le sud de la France. Pas immense, une demeure modeste sans prétention. Ça fait du bien de vivre dans un monde correspondant plus au cadre du commun des mortels. Le calme du lieu était un véritable médicament. J’ai repris confiance en mon art, en mes capacités. Ma confiance en moi ? Ce n’est pas encore gagné, mais j’avance. Je suis toujours sous traitement pour ma dépression, mais peu à peu je réduis les doses. Mon poids est revenu à la normal. Cathy et moi avons toujours aimé cuisiner et déguster ensemble, ça m’aide beaucoup. Mon psychologue me suit toutes les semaines en séance ou par téléphone. Il m’a dit que j’étais vraiment sur la bonne voie.

    Je fais le deuil de mes parents. C’est dur d’employer ce terme. Ils sont bien en vie, mais disparus de notre vie. Depuis mon entrée à l’hôpital, je ne les ai jamais revus. Nous en parlons peu avec Cathy. Notre seul dialogue avec eux se fait par l’intermédiaire de notre avocat, et c’est ma sœur qui gère ça. Je suis majeure depuis cinq mois, mais je me sens moins adulte que ma petite sœur. Je voudrais aussi la protéger autant que ce qu’elle fait pour moi. Le psy dit qu’un jour, j’en aurai l’occasion. J’espère. Je ne suis pas encore assez forte pour le moment. Mais je veux y croire.

     

    A notre retour de vacances, Cathy pensait que j’intégrerai la chambre du colocataire en dernière année d’étude. Sauf qu’il a choisi de faire un an de plus en spécialisation. Ma sœur ne s’en ai pas laissé compter et m’a dégotée une possible colocation avec deux amis de ses amis. Apparemment ils sont artistes aussi. Deux mecs ! J’appréhende, mais Cath a confiance en ceux qui les ont recommandés, alors pourquoi pas ! Les points non négligeables sont qu’il s’agit d’une grande maison située à trois rues de ma nouvelle école et à deux stations de métro de chez ma sœur. Pratique et rassurant !

     

    Aujourd’hui, fin août, il fait tout gris dehors et je marche dans les rues d’un quartier qui sera peut-être bientôt le mien. Je veux être confiante. Oui bon j’essaie…

    Je ne sais quasiment rien de mes futurs colocataires. Ils sont tous les deux âgés de vingt et un ans ; l’un en troisième année dans la même école que moi, l’autre en quatrième année de l’école d’architecte qui se trouve à côté.

    Je sais aussi qu’ils sont bisexuels. Le genre de chose que Cathy se croit en devoir de m’informer. Et elle ne s’est pas arrêtée là. J’ai eu le droit à un cours de sexualité par ma sœur. Mouais ma petite sœur qui fait mon éducation sexuelle, la honte ! Cathy m’a parlée de la complexité de sentiments amoureux. Ses expériences, celles de ses amis. Sans détail scabreux, juste qu’aimer ce n’est pas ni simple, ni binaire, ni interdit. Ma sœur m’a donc informée que mes futurs coloc (potentiels !) sont bi, pratiques l’homosexualité depuis plusieurs années, et ne sont pas du genre à ramener une conquête tous les soirs. Sur ce dernier point, je suis sceptique. Ce sont des artistes, ils doivent vivre tels des esprits libres, non ? Oui, ok, les barrières mentales de mon éducation rigide sont dures à casser ! D’après les potes de Cath, ces deux mecs sont un couple depuis quelques semaines. Ma soeur les a déjà rencontrés et leur fait confiance. Ils ne sont pas du genre à coucher à tout va, ni à entrainer une fille dans un plan foireux, et encore moins à la mettre en danger. Bon là j’ai eu le droit à la « grande » sœur qui leur casse la gueule s’ils touchent un seul bout de moi. Ça m’a fait rire autant que ça m’a touchée.

    Ça me rassure d’aller vivre avec des personnes de confiance. Par contre ma petite sœur qui se fait le dragon pour me défendre n’est pas l’idéal pour remonter mon estime personnelle. Ma confiance en moi a encore du chemin à faire. On a qu’un an de différence, pourtant elle est bien plus adulte et esprit libre que moi. Je n’ai rien contre les gays, je suis même plutôt rassurée de les savoir amoureux, mais je n’ai jamais côtoyé ce genre de milieu. Leur milieu est-il si différent du mien en fait ? En même temps, je ne peux pas dire que je viens d’un milieu où l’amour était roi… Je n’avais rien demandé à Cathy mais elle a cru bon de me préciser leur statuts et pratiques sexuels. Bon j’avoue que j’ai eu un vent de panique, quand elle m’a annoncée que j’allais loger avec deux garçons plus âgés. Alors je suis heureuse de son initiative éducative. Mais, de toute façon, si je ne le sens pas, je dirai non à ce logement. Je continuerai à éplucher les offres de colocation autour de l’école.

    Dans quelques jours, je commence les cours et je suis surexcitée autant qu’angoissée. J’aurais préférée continuer à vivre avec Cathy quelques mois. Mais pas dans la même chambre ! Elle ne va pas supporter longtemps mes coups de sang et le bordel que je fous dans sa chambre. Ma sœur a besoin de calme et concentration pour cette première année cruciale en médecine. Je dois respecter son objectif professionnel et sa manière de vivre. Bah oui parce que ma sœur est une extravertie à l’esprit libre, mais une organisée chronique. Tout est impeccablement rangé chez elle. Et moi l’artiste à l’esprit fermé (contraint surtout) et introvertie, je travaille l’art du bordel organisé et envahissant. Incompatibilités à long terme dans une petite pièce ! Je ne veux pas qu’on s’éloigne l’une de l’autre à cause de broutilles de ce genre. Donc je vais loger ailleurs ! Et avec ces deux gars s’il le faut. En même temps, ça peut être enrichissant de vivre avec d’autres artistes !

  • L'ECHO DU COEUR chapitre 3

  • J’arrive devant une maison de quartier classique, assez jolie. Je frappe à la porte en bois et patiente en détaillant mon environnement. Un petit jardinet fleuri sur la devanture est parfaitement entretenu et accueillant. On dirait la maison d’un gentil petit couple routinier. Ça me rassure, mais je ne peux empêcher l’angoisse me monter à la gorge. Le cliquetis de la serrure se fait vite entendre, et un beau mec m’ouvre. Le grand brun me sourit en me détaillant de son regard prune. Il fait bien vingt centimètres de plus que moi. J’ai l’air miniature face à lui. Avec ses cheveux mi- longs, il a une allure débraillée, mais ça lui va bien. Limite, si je n’étais pas si coincée et mal à l’aise, je trouverais ça sexy.


    — Hey, salut ! Tu dois être Alicia ? Moi c’est Luc. Entre, je t’en prie. Tom ne va pas tarder. 

    J’acquiesce sans un mot et le suis à l’intérieur. Pour un homo, il respire la virilité ! (Esprit étriqué ouvre-toi aux possibilités !). Avec mon allure de timide qui ne sait pas quoi faire de son corps, je m’assois au bord du fauteuil qu’il me désigne. Je choisis un thé quand il me propose un verre. Je rougis en me rendant compte que mon regard est attiré par ce cul musclé qu’il me présente en se rendant à la cuisine.

    Je patiente en observant autour de moi. Le salon est agencé avec goût, comme si une femme y avait mis son grain de sel. C’est sobre, pratique, mais surtout chaleureux. Luc revient avec ma boisson chaude au moment où un autre grand brun entre avec énergie. Il est plus carré d’épaule que son ami, et il a les cheveux courts (et moi je suis encore plus troublée !). Ce gars déboule comme un furieux. Il jette son sac sur le canapé et s’étire me laissant deviner chaque muscle de son torse. 

    — Oh, putain de cours de merde ! s’exclame-t-il. 

    — Thomas ! On a une invitée !

    Luc lui fait les gros yeux. C’est trop mignon et ça me fait sourire. Ils sont vraiment beaux tous les deux, mais encore plus à deux. Le nouveau venu me remarque et sourit en me voyant piquer un fard. 

    — Oups pardon ! Salut ! Je suis Tom. 

    — Enchantée ! Alicia. Tu as déjà des cours ? 

    Ils rient en symbiose totale. Je me sens gênée, mais admirative de leur complicité. 

    — Non, me répond Tom, je révise certains avec des potes. Mais il y a des calculs techniques qui me font la vie dure. Bon sinon, tu as quel âge ? Tu me sembles jeune non ?

    Piquée au vif, je redresse la tête, bombe le torse et les fixe avec fierté.

    — J’ai dix-huit ans et je suis indépendante !

    Tom éclate de rire. Luc sourit plus discrètement. Son regard est plein de tendresse. Ça me calme aussitôt. 

    — On n’en doute pas Alicia, me rassure-t-il, mais on veut être sûrs que notre situation ne te pose pas de problème. 

    — Ouais parce qu’on est un couple, quoi ! 

    Tom saisit son ami par le cou et l’embrasse avec fougue. Le baiser bien langoureux et baveux ! Je suis rouge pivoine. Mais le plus étrange est que je n’arrive pas à détacher mon regard d’eux. Les voir s’embrasser de manière aussi charnelle ne me rebute pas. Ils sont beaux. Leur échange de regard complice est empreint de tendresse et d’amour l’un pour l’autre. Je souris comme une bêtasse, mais je me ressaisis quand ils s’arrêtent pour me fixer. Hors de question que je me laisse impressionnée !

    — Et moi, célibataire et heureuse de l’être, avec aucune intention de m’immiscer dans votre vie tant que vous ne m’impliquez pas dans vos histoires de couple. Je veux juste un endroit pour dormir, travailler et manger au calme. Vous faites beaucoup de soirées étudiantes ?

    Je n’ai pas pu empêcher ma voix de se coincer en prononçant ma question. Les soirées pleines de monde et bruyantes, ça m’oppresse. Je n’y suis pas à l’aise. 

    Ma demande semble intriguer les garçons qui se calment et penchent leur corps vers moi. Tom prend un cookie ramené par son ami et le fourre entier dans sa bouche. 

    — Tu entres à l’école d’art, c’est ça ? 

    — Oui, celle où tu es je crois ?

    — En effet, je commence la troisième année. Tu pratiques quels arts ? 

    — Le dessin et le graphisme, mais répond à ma question s’il te plait ! 

    — La petite est nerveuse, on dirait, s’amuse Tom à mes dépens. On aime s’amuser, mais on tient à notre tranquillité. Nous organisons une fête tous les deux mois à peu près.

    — Et tu auras ton mot à dire. Tu pourras inviter tes amis évidemment. 

    Comment ne pas avoir l’air d’une asociale ? Je n’ai pas d’amis, hormis ma sœur. Mes quelques amis du lycée sont partis dans des écoles de l’autre côté de la région parisienne. De plus, ils ont intégré des écoles prestigieuses avec un emploi du temps où j’ai peu de place. Je cherche une réponse dans les tableaux accrochés au mur. Bien sûr je n’en trouve pas ! Par contre je ne sais pas comment ces gars font pour comprendre mon malaise. Ils n’insistent pas et changent de sujet. 

    — Mais ne t’inquiète pas, poursuit Luc, on te préviendra toujours. Tu veux visiter ? 

    Ravie de passer à autre chose, je me lève et le suis. La maison est vraiment tout équipée. En plus il y a un bel extérieur : une terrasse, une pelouse, et au fond un jardin de légumes. Tom est un féru de jardinage, c’est son défouloir semble-t-il. 

    Au rez-de-chaussée la maison comprend un salon salle à manger, un vestibule où ils stockent les poubelles et produits ménagers, une belle cuisine et une arrière-cuisine avec un garde-manger, le congélateur et la machine à laver. L’étage se compose de trois chambres et une salle de bain. Tom m’explique qu’il a déménagé ses affaires dans la plus petite chambre, puisque désormais il dort avec Luc. Je ne peux pas m’empêcher de rougir à cette évocation. La salle de bain et la chambre de Luc se trouvent au fond du couloir et donne sur la rue. Les garçons m’expliquent qu’ils ont intervertit les chambres pour me laisser la chambre avec une salle de bain privée pour me mettre plus à l’aise. Ainsi chacun sa salle d’eau sans risque de mauvaises surprises. J’apprécie vraiment et je suis ravie de découvrir une chambre offrant un bel espace et une vue sur le jardin. Ma fenêtre donne accès au petit toit de la terrasse. C’est vraiment calme et agréable. J’ai un vrai coup de cœur en découvrant la chambre et son emplacement. 

    Les garçons sont vraiment gentils. Après deux heures à discuter de nos passions et nos façons de vivre, je suis rassurée. Je me sens en sécurité comme le pensait Cathy. Je sais que ça va bien se passer. Je me sens confiante et ça fait un bien fou !

    J’apprends que Tom est un futur architecte passionné d’écologie et de nature. Très carré, il aime l’organisation. Mais j’ai souris en découvrant qu’il est un peu comme moi : incapable de ranger ses affaires au fur et à mesure. Luc par contre est un maître de maison hors pair. Il adore faire le ménage. Oui je sais, la perle rare ! J’ai même du mal y croire. Mais les anecdotes que Tom me raconte sont assez crédibles. Luc est également un cuisinier hors pair. Et notre entente est d’autant plus facilitée quand je lui avoue mon amour pour la pâtisserie. Il est également dessinateur et coloriste. Sa passion c’est la bande dessinée. Il a d’ailleurs créé ses propres personnages et histoires et m’a promis de me les montrer. Je suis impatiente ! Tom dessine aussi, pas que des bâtiments, mais des paysages d’univers fantastiques. Je leur parle à mon tour de mes dessins, et leur montre même mon carnet de croquis que je trimballe partout. Ils ont vraiment eu l’air d’apprécier mon talent et ma personnalité. Je ne sais pas l’expliquer, mais en quelques heures j’ai eu l’impression d’acquérir deux nouveaux amis sur qui compter et avec qui je pourrais m’épanouir dans ma passion. Je suis repartie sereine à l’idée d’emménager avec eux.

    J’étais loin d’imaginer ce qui nous arriverait. Eux aussi.

  • L'ECHO DU COEUR - 4ème de couverture
  • Qui suis-je ? Alicia ?

    Une jeune fille de 18 ans

    L’ainée d’une famille riche, bourge, étriquée d’esprit, totalement dépourvue de la moindre affection

    Enfermée dans un carcan sans âme

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    Qui est ma sœur ? Cathy ?

    Celle qui m’a sortie de cette vie où je me noyais

    Celle qui est la plus « grande sœur » de nous deux

    Celle qui bafoue toutes les convenances de notre éducation

    Celle qui m’apprend que vivre c’est être soi

    Celle qui fait mon éducation sexuelle et amoureuse

    Celle qui m’a poussé à suivre ma passion

    Celle qui m’a ouvert les yeux sur les choix de mon coeur

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    Qui sont-ils ? Tom et Luc ?

    Ceux qui m’ont ouvert leur maison

    Ceux qui m’ont appris la vraie vie de famille

    Ceux qui m’ont apporté protection, sécurité autant qu’expression libre : vivre tout simplement

    Ceux qui m’ont ouvert leur cœur d’une manière si inattendue

    Ceux qui sont ma vie pour toujours

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    C’est notre histoire, l’histoire de ma vie, l’histoire de notre vie. Un triangle amoureux équilibré. Une famille extraordinaire. Un amour inaltérable.